Laforcedesmèmes:cequinousfaitrireàl’heuredel’invasionrusse

22/04/2022

Créer des mèmes en période de guerre peut paraitre étrange au premier regard, mais en 2022, ils sont devenus un moyen de communication à part entière et même une invasion à grande échelle ne pourrait rien y changer. Ils contribuent à façonner et à diffuser le récit des événements, à soutenir le moral des Ukrainiens et à faire réfléchir sur cette nouvelle réalité et expériences que vivent les Ukrainiens. Voici donc les quelques mèmes de guerre les plus viraux ainsi que leurs origines. 

L’un des tropes humoristiques les plus populaires provient d’une attente renversée : l’aspect comique survient lorsque le résultat ne correspond pas à ce qui était attendu.

Depuis des années, la Fédération de Russie présente son armée comme la deuxième plus forte du monde et menace de nombreux pays avec sa puissance militaire. Pour cette raison, les forces russes prévoyaient de prendre le contrôle de Kyiv en quelques jours.

Cependant, la réalité s’est avérée quelque peu différente : des troupes russes sous-équipées ; en manque de ravitaillement et avec le moral dans les chaussettes. C’est le cas du mème « tchmonia » (manière affectueuse de qualifier un looser) qui présente la photo d’un soldat russe prise après qu’il se soit rendu à l’armée ukrainienne. Son aspect, bien loin d’être menaçant, semble plutôt maladroit.

La photo d’un prisonnier russe devenue un mème auprès des Ukrainiens.
Accompagnée de la vieille chanson ukrainienne « Ne te tiens pas sous la fenêtre, ne prends pas un air contrarié » elle a inondé TikTok.

Les problèmes logistiques de l’armée russe ont également donné naissance à l’un des plus populaires mèmes de guerre : les tracteurs. Certains chars russes qui ont réussi à pénétrer profondément dans le pays sont rapidement tombés en panne d’essence et ont souvent été abandonnés par les soldats. Les Ukrainiens ont utilisé leurs tracteurs pour remorquer ces véhicules. Et c’est ainsi que la « deuxième armée du monde » a perdu ses chars au profit des agriculteurs.

Vous avez peut-être entendu parler de Tchornobaїvka — un village situé dans le sud de l’Ukraine ainsi qu’un endroit malheureux pour les soldats russes. Le 27 février, les forces russes ont pris le contrôle de l’aéroport situé à proximité où étaient stockés des hélicoptères et autres équipements militaires. Plus tard dans la journée, les forces ukrainiennes ont visé leurs positions avec des drones armées Bayraktar. Le village est devenu alors célèbre. Mais il s’est mué en un mème de guerre par la suite, car la situation se répétait encore et encore.

L’armée ukrainienne a frappé les forces russes sur cet aéroport plus d’une douzaine de fois. Tchornobaїvka a ainsi donné naissance à une série de blagues en rapport avec le film « Un jour sans fin » ou encore le Triangle des Bermudes.

Une autre source d’inspiration des mèmes ukrainiens actuels est le lave-linge. Il fait référence à l’ampleur surprenante des pillages : de multiples rapports indiquent que les troupes russes ne volent pas seulement de l’argent ou des bijoux, mais aussi des vêtements, des tapis, des outils, de la vaisselle, des bouilloires, des machines à laver et d’autres appareils ménagers.

Des images provenant de la poste en Biélorussie ont révélé la multitude de biens volés envoyés en Russie par leurs soldats. Finalement, les soldats russes sont venus « sauver et libérer » … des grille-pains et des scooters.

La propagande russe reste une source inépuisable en matière de mèmes et de blagues. Dès le début de cette guerre à grande échelle, Vladimir Poutine et d’autres responsables russes ont employé l’expression « opération militaire spéciale » en remplaçant les termes « guerre » ou « invasion », bannis des médias russes. Un tel amour pour les euphémismes n’est pas passé inaperçu et a donné naissance aux plaisanteries telles que « opération économique spéciale » (référence aux sanctions) ou « relocalisation stratégique de «Moskva» sous l’eau » (un clin d’œil au naufrage du navire russe éponyme).

Les responsables russes ainsi que les médias contrôlés par l’État relayent souvent des déclarations contradictoires. Dans ces cas, les mèmes sont un moyen pertinent pour souligner ces incohérences.

Les dirigeants russes ne manquent pas l’imagination pour trouver des excuses justifiant l’invasion  « forcée »  de l’Ukraine. Parmi les plus hilarantes sont les accusations concernant la création d’armes chimiques et biologiques illégales dans les laboratoires ukrainiens ou encore les affirmations sur les oiseaux migrateurs contaminés. Les Ukrainiens ont réfuté ces affabulations et les ont accompagnées de nombreuses images et vidéos « d’oies de combat spécialement entraînées ».

Les tentatives absurdes de justifications de l’invasion ne viennent pas seulement des politiciens russes. Alexandre Loukachenko, président autoproclamé de Biélorussie, apporte lui aussi ses idées. Lors de la réunion avec Vladimir Poutine le 11 mars, il a sorti une carte et a déclaré ce qui suit : « Et maintenant je vais vous montrer d’où l’attaque concernant la Biélorussie a été préparée. Et si six heures avant l’opération, il n’y avait pas eu de frappe préventive sur leurs positions … alors ils auraient attaqué les troupes biélorusses et russes qui étaient en exercise ».

La vidéo est rapidement devenue virale parmi les utilisateurs de TikTok. Elle a été ajoutée à de diverses scènes surprenantes, comme le célèbre moment du film « The Shining ». Plus tard, ce mème a évolué pour devenir quelque chose de similaire à la chanson « Never Gonna Give You Up » de Rick Astley — vous ne savez jamais quand et où vous allez tomber sur « Et maintenant je vais vous montrer … » une fois de plus.

Cependant, les mèmes n’ont pas toujours une connotation négative — ils servent aussi à exprimer de  l’adhésion. Vitalii Kim, gouverneur de la région de Mykolaїv, et Oleksii Arestovytch, conseiller du bureau du président, sont plutôt populaires dans ce domaine.

Un mème avec Vitalii Kim, le gouverneur de la région de Mykolaїv qui, pendant la guerre, a impressionné les Ukrainiens par son calme, son optimisme et son équilibre.

Mais c’est surtout, le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelenskyy, qui bénéficie d’un soutien élevé depuis le début de l’invasion russe et les mèmes reflètent cette tendance.

Souvent, les mèmes sont utilisés pour louer le courage et le dévouement des soldats ukrainiens et des personnes (extra)ordinaires dans cette guerre. Et pour diffuser des histoires incroyables, comme par exemple celle d’une femme de Kyїv qui a réussi à cibler un drone devant sa fenêtre avec un bocal de cornichons. Bien que cela puisse sembler fictif, des journalistes ukrainiens ont pu l’identifier et ainsi confirmer que la seule partie fausse concernait le bocal de cornichons, qui s’est avéré être un bocal de tomates.

Et il y en a beaucoup d’autres : un homme qui a retiré une mine antichar à mains nues tout en fumant une cigarette ; une femme a qui proposé à un soldat russe de mettre des graines de tournesol dans ses poches pour que des fleurs poussent après sa mort sur le sol ukrainien ; ou encore les troupes ukrainiennes sur l’île de Zmiїnyj (Serpent) qui ne se sont pas rendues et ont plutôt répondu « Navire de guerre russe, va te faire foutre ». Toutes ces histoires sont devenues virales et ont inspiré beaucoup de belles œuvres d’art ainsi que des mèmes. 

Les mèmes publiés dans cet article font désormais parti de la culture populaire. Leurs auteurs n’ont d’ailleurs pas pu être identifiés.

Veronika Lutska, journaliste

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