à la Nouvelles & histoires
En temps de guerre histoires

Les femmes dans les Forces armées : Anastasiia a perdu son fiancé pendant la guerre et est devenue attachée de presse du bataillon

En novembre 2022, près de 60.000 femmes servent et travaillent dans les Forces armées de l’Ukraine. Elles se sont engagées dans l’armée ukrainienne dès 2014, lorsque la guerre de la Russie contre l’Ukraine a commencé. Mais elles sont encore plus nombreuses après l’invasion à grande échelle.

Anastasiia Blyshchyk est l’une d’entre elles. En décembre 2022, le journal italien Il Foglio a nommé Anastasiia la personnalité de l’année. La femme sert en tant qu’attachée de presse dans le bataillon de défense territoriale d’Izioum. Voici son histoire.

Photo issue des archives personnelles d’Anastasiia.

Dans sa vie civile, Anastasiia Blyshchyk était journaliste. C’est au travail qu’elle a rencontré l’amour de sa vie – un soldat ukrainien devenu, avec le début de la guerre à grande échelle, militaire de la 95e brigade d’assaut aérien Oleksandr Makhov. Il est mort le 4 mai près d’Izioum, dans le petit village de Dovheinké :  un éclat d’obus est entré dans son poumon.

Il avait 36 ans. Un mois avant sa mort, il a demandé Anastasiia en mariage moyennant la vidéo depuis la ligne de front.

Photo issue des archives personnelles d’Anastasiia.

Anastasiia Blyshchyk est née dans la région de Kherson, à 40 kilomètres de la frontière avec la Crimée. Dans son enfance, elle n’avait pas d’ordinateur ni de jouets coûteux. Il y avait des moments où, au lieu de bonbons, elle trempait son doigt dans du sucre et le léchait. Mais la jeune fille grandissait entourée d’amour et d’attention. Elle fréquentait l’école de musique, les cours de danse, jouait au tennis de table et au volley-ball, servait à l’église. Et chaque fois, elle s’imaginait qu’un jour, elle s’échapperait dans la capitale et y vivrait.

En 2014, elle avait 15 ans. Elle se souvient de l’occupation de la Crimée par la Russie. Ensuite, de nombreux soldats sont apparus dans la région de Kherson. Elle a commencé à distinguer un véhicule blindé de transport de troupes d’avec un char.

« Nous étions tous accros aux informations. À l’époque, je n’avais aucune idée que je travaillerais à la télévision et que je me porterais plus tard volontaire pour aller à la guerre », se souvient Blyshchyk.

Anastasiia et Oleksandr étaient ensemble depuis 2020. Il ne se passait pas un jour sans qu’ils ne parlent de la guerre. Il lui racontait les conditions de vie des soldats : les serviettes humides au lieu de la douche, les souris dans les tranchées et le pain qui commence à rassir avant d’être livré. « J’avais la chair de poule, encore et encore », raconte la femme militaire.

Photo issue des archives personnelles d’Anastasiia.

Toutefois, Makhov préparait Anastasiia à ce qu’il irait à la guerre. Le 24 février, il est parti combattre sans hésiter.

« Ce jour-là, je me suis mise à appeler mes parents, qui se trouvaient alors dans la région de Kherson, et ma sœur, à Zaporijjia. Je leur ai demandé de partir, mais personne ne m’a obéi. En même temps, je restais en contact avec Sasha, qui était de retour d’urgence d’une mission de travail dans la région de Donetsk. J’ai pris mon sac à dos et je suis allée au travail », raconte Anastasiia Blyshchyk.

Elle a passé trois ans à penser à s’engager dans l’armée, mais ce n’étaient que des pensées. Après la mort de son bien-aimé, elle est passée à l’action. Maintenant, Anastasiia Blyshchyk se trouve dans la ville d’Izioum désoccupée, à 20 kilomètres du village de Dovheinké, où Makhov a péri.

Ça fait déjà trois mois qu’elle n’apparaît plus dans les émissions en direct ni dans les reportages différés. Aujourd’hui, elle est attachée de presse au bataillon de défense territoriale d’Izioum. Anastasiia Blyshchyk organise le travail des journalistes et veille à ce qu’il soit sans risque pour eux.

« Je sers avec des gens qui ne racontent presque pas leurs succès. Ils disent : « Nous ne sommes pas des héros, nous avons fait ce que nous devions faire ». Je souris et réponds : « Vous êtes les meilleurs », dit la femme militaire.